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Etudier en Angleterre?

Darlings!

En regardant mes mails, j’ai des questions qui reviennent sans cesse par rapport à Durham et par rapport aux facultés anglaises en général. Vous êtes nombreuses à me demander mon avis sur les différences entre les universités anglaises et françaises. Du coup, j’aimerais bien essayer de faire un petit point sur les deux systèmes. Cet article va être très long mais j’espère qu’il pourra vous être utile!

Vous le savez peut-être déjà, mais je suis titulaire d’une licence et d’un M1, tous les deux obtenus en France, dans des universités différentes. Bientôt, avec un peu de chance, j’aurais également un LLM, un Master anglais. Je pense avoir assez d’expérience pour bien connaître les deux systèmes universitaires, ce qui va me permettre de faire un tri dans les avantages et inconvénients de chaque système.

Je précise que j’ai fait des études juridiques et que toutes mes appréciations sont basées sur mes expériences personnelles.

Durham

Le système universitaire français:

Les avantages:

  • J’aime beaucoup, en théorie, l’égalité qui règne en France. Il n’y a pas de classement draconien des facultés et la réputation de chaque fac importe peu. Il n’y a pas de sélection, ni même un entretien qui permet de faire un tri entre les élèves. Du moment qu’on a son Bac, peu importe la filière, on peut aller à la fac, et à n’importe quelle fac. (Quoi que, pour rentrer à la Sorbonne ou Assas, la priorité n’est-elle pas donnée aux parisiens?) En principe, chaque élève a sa chance.
  • J’aime également le fait que tout soit en principe gratuit en France. L’année dernière j’ai du payer 400€ de frais d’inscription pour le Master1. Je trouve également le système des bourses assez avantageux en principe, même si moi-même je n’ai pas pu en bénéficier. L’idée de calculer l’allocation de la bourse sur le revenu des parents semble être raisonnable même si en pratique le système a énormément de failles.
  • On apprend à travailler. On étudie beaucoup de matières, on peux choisir énormément d’options. En licence, chaque année j’avais huit matières, dont deux ou trois à TD. On apprend à être rigoureux dans son travail.

Les inconvénients:

  • Je n’aime pas du tout la façon d’enseigner en France. Vous n’avez pas besoin de moi pour vous dire comment la fac marche en France, mais juste pour le fun, voilà un récapitulatif: En licence, pendant trois années horribles, j’ai enchaîné de 8heures jusqu’à 20heures des cours en amphi, des TD, des partiels blancs tous les deux mois, sans oublier les vrais partiels chaque semestre. Un enfer où on oblige les étudiants à recopier mot pour mot le cours du professeur, où l’on recrache le point du vue du prof à grand coups de commentaires d’arrêts et de dissertations hebdomadaires. En droit, on n’encourage pas le sens critique, on commente des arrêts sans donner d’avis personnel, on sort le cours, la jurisprudence et à la limite une petite anecdote ou ouverture à la fin. Facile. C’est comme ça que j’ai eu ma licence avec mention.
  • Enfin, je viens de dire ‘facile’, mais bon. Pas tant que ça peut être. Pour chaque matière j’avais un cours d’une centaine de pages écrites à la main. Pour les partiels ils fallait tout connaître, tout comprendre. A la limite, on nous faisait apprendre les Codes par cœur avec la jurisprudence qui va avec, alors que c’est parfaitement inutile. Aujourd’hui je ne me souviens pas de tout ce que j’ai appris par cœur. J’ai l’impression d’avoir perdu mon temps. Et pas qu’à moitié.
  • Les professeurs ne s’intéressant pas aux élèves. En première année les amphis étaient bondés. On devait être 350 en première année de droit. En deuxième année, on n’était plus que 60. Bonjour la “sélection naturelle” comme ils disent. En France, les professeurs font tout pour décourager les élèves, surtout en première année. On n’hésite pas à mettre des 5/20 sans même donner  une explication raisonnable. Aucun encouragement ni soutien. La plupart de mes professeurs et chargés de TD ont été parfaitement détestables. Pourtant j’étais bonne élève.
  • En France, on pense Licence, M1, M2, Doctorat. On n’encourage pas les étudiants à avoir un projet professionnel. A vrai dire, on encourage les étudiants à faire de longues études alors qu’en réalité, c’est parfaitement inutile. On m’a déjà dit à plusieurs reprises que la licence ce n’est rien, que le M1 ne sert à rien et qu’il fallait absolument un M2 pour se démarquer. Je me souviens de l’hystérie générale lorsque on a su, en licence, que si on n’avait pas son M1 avec mention, qu’on n’avait aucune chance d’être accepté en M2 et qu’on allait forcément se retrouver au chômage. C’est à ce moment là que j’ai décidé de faire mon M2 à l’étranger.
  • Les facultés françaises sont impersonnelles, froides et hostiles. Pour la plupart, les bâtiments n’ont pas de charme, il n’y a aucun prestige, pas de traditions et on ne retrouve pas du tout cette fierté d’appartenir à une faculté. C’est l’inconvénient d’un système qui se veut égalitaire. Je caricature, mais j’ai l’impression qu’étudier en France, c’est un peu comme aller à l’usine, tout est identique, monotone, ennuyeux.

La Sorbonne

Je n’avais aucune photo pour illustrer cette première partie du billet. Je n’ai jamais pris de photos de mes facs en France. J’étais à Vannes puis à Rennes 1. Il faut dire que les bâtiments étaient moches et sans âme. En France, j’avais 30 heures de cours par semaine et des dissertations à rédiger. Et c’est tout. Quasiment pas de vie sociale et même pas vraiment le temps de pratiquer une activité sportive régulière par exemple.

Le système universitaire anglais:

Les avantages:

  • J’aime tout le prestige qui est associé aux facultés anglaises. Ici, il y a un classement officiel des universités, et donc pour avoir un diplôme qui sera reconnu par les employeurs, il vaut mieux viser les dix meilleures universités. Il faut consulter The Good University Guide du Times, ou alors The University League Table de The Independant par exemple. Il y a un classement général puis un classement par matière. Voilà les meilleures facs, dans l’ordre:
  1. Oxford
  2. Cambridge
  3. Imperial College
  4. London School of Economis
  5. Durham
  6. Warwick
  7. St Andrews
  8. University College London

Si on n’arrive pas à entrer dans une de ces facultés, le diplôme aura une valeur moindre. Il y a 113 universités dans le classement du Independant.

Oxford University

Cambridge University

  • J’aime la façon d’enseigner en Angleterre. A Durham les cours se déroulent dans des seminars, et c’est également le cas à Oxford. Il n’y a jamais plus de 10 ou 15 personnes par groupe, et les cours sont construits sur les échanges d’idées. Les cours sont peu nombreux, on a parfois une dizaine d’heures de cours par semaine, le reste est uniquement basé sur un travail personnel. Avant de venir en cours, on nous donne le sujet, le thème du seminar et une liste de documents à lire. Donc on fait le cours nous-même, en lisant. On lit, on cherche des articles, on fait des recherches sur internet, on comprend. Puis on pose les questions et on en discute. Pendant les cours, on écrit que très peu. Les professeurs nous connaissent, on nous appelle par notre prénom, on peut aller leur demander des conseils ou les voir dans leur bureau sans gène. Pendant la licence, chaque élève a un tuteur sur qui on peut compter. On nous encourage, on nous dit qu’on va réussir. Les professeurs nous traitent avec respect et attention.

Durham University

  • Étudier en Angleterre c’est également s’ouvrir à une culture générale particulièrement riche. A Durham il existe des centaines de clubs et de societies: il y a par exemple un society pour faire du théâtre, de la musique, de l’art, du sport… Mais il en existe vraiment des centaines! Il y a un society ou club pour chaque sport, pour chaque type de musique, il y a des clubs qui se concentrent sur les activités bénévoles, sur les débats, les voyages… On peut vraiment s’ouvrir à tout et n’importe quoi! Ici les étudiants prennent le temps de s’amuser et de penser à autre chose que les cours. On se fait des amis, on rencontre beaucoup de nouvelles personnes, tout est plus ouvert, plus ludique. Voilà un échantillon des societies de Durham. Vous pouvez voir qu’il y a même un “Tea and Biscuit” society!

“The pipe smoking Society” (une photo récente qui a été modifié)

DST

Le représentation de ‘Guys and Dolls’ que je suis allée voir il y a quelques mois

Student theatre

La chorale de University College

  • Avec le prestige des facultés vient les traditions et la fierté d’appartenir à une institution de qualité. C’est ainsi qu’on voit à Durham, au moins la moitié des élèves portent un vêtement avec le logo de Durham University ou de son College. On a le sentiment d’appartenir à une institution, tous les élèves défendent leur fac et sont heureux d’être ici. Il y a des événement sportifs qui sont organisés entre les meilleures facs, par exemple Durham vs Oxford. Il y a une rivalité saine entre étudiants, entre colleges et entre les facultés. Tout le système est basé sur ce sentiment d’appartenance à une entité, et c’est vraiment étrange à décrire, car ça n’existe pas du tout en France, ou alors peut être pour les grandes écoles?

Durham

C’est le logo d’un des mes pulls universitaires… Oui je le porte lorsque je suis chez moi!

Les inconvénients:

  • Le coût: Etudier en Angleterre coûte cher. Pour une licence il faut payer environ £3,000 par an, donc £9,000 en tout. Pour le Master j’ai payé £5,400. Pour un doctorat il faut également compter £3,000 par an. Ainsi, la plupart des étudiants font des emprunts pour pouvoir tout payer. Il me semble que chaque étudiant a en moyenne un emprunt de £25,000 pour sa licence. (Je viens de regarder combien £25,000 ça fait en euros: Il faut compter 27 902€ pour sa licence. Ça comporte les frais d’inscription pendant les trois années + le logement + les sorties. Mais il faut dire que certains étudiants dépensent beaucoup plus. La plupart ont également un petit boulot) Mais en Angleterre, les étudiants quittent la fac après la licence, et pour la plupart, ils peuvent obtenir un travail assez rapidement, et les salaires sont en théorie relativement élevés. Plus élevés qu’en France en tout cas.
  • La sélection: C’est vraiment très compétitif. Tous les étudiants se bousculent pour entrer dans une fac de qualité car ils sont bien conscients du poids de la réputation de chaque établissement. Il faut obtenir de très bons résultats aux A-Levels (équivalent du Bac) sinon c’est fini . Il y a toujours un entretien avant d’être accepté dans une fac. J’ai de la chance d’avoir été accepté à Durham, énormément de la chance. Qui sait si j’aurais été accepté si j’avais fait mes A-Levels en Angleterre au lieu de passer le Bac français? Tous les jours lorsque je fais mes visites au Château j’ai des questions de la part des étudiants qui me demandent des tuyaux, dans le but de venir un jour à Durham. Je pense que beaucoup doivent être vraiment déçus s’ils n’arrivent pas à entrer dans la faculté de leur choix, et ça doit être assez difficile à supporter. Mais une fois qu’ils arrivent à y rentrer, l’université met tout en œuvre pour qu’ils réussissent.
  • On peut peut être désigner un manque de sérieux, car avec toutes les soirées, les societies, les bars étudiants… On ne travaille pas autant qu’en France à mon avis. Après les examens, les étudiants passent le mois de juin à faire la fête et à sortir… Et à travailler sur le mémoire si on est en Master. Voilà des photos de ‘Castle Day’, où mon College était en fête!

Castle Day

Castle Day 2009

Castle Day 2

Castle Day 2009

Juste une dernière remarque, ce n’est ni un avantage, ni un inconvénient, mais il faut dire que… C’est assez pompeux ici à Durham. Et ça se voit. Les étudiants sortent beaucoup et dépensent beaucoup. Et à Oxford et Cambridge, c’est pire. Il y a d’ailleurs une très très grande ‘rivalité’ entre les étudiants et les habitants de Durham. Les ambiances sont assez tendues, car le Nord de l’Angleterre est une région relativement pauvre, alors que tous les étudiants de Durham sont plutôt fortunés. Donc il y a énormément de conflits, mais c’est un autre débat.

…Donc j’espère avoir donné ici un petit aperçu des deux systèmes universitaires. Chaque système a des avantages, mais en tout cas, venir à Durham m’a permis d’ouvrir les yeux sur le système français. Des fois j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps en France car je n’ai pas appris grand chose de valable.

Je vous encourage vivement à quitter le système universitaire français même si ce n’est que pour un semestre. Partez en Erasmus si possible car cela coûte moins cher. Vraiment il faut venir voir comment les choses se passent outre-manche. Les universités anglaises sont tellement riches en découvertes culturelles, j’ai appris énormément de choses cette année, notamment que l’éducation ne passe absolument pas par le nombre d’heures de cours que l’on peut avoir.

Je suis tellement heureuse d’avoir eu le courage de venir à Durham car je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Et si j’avais su, j’aurais tout mis en œuvre pour faire ma licence en Angleterre.

Durham

La semaine prochaine je vais vous parler de la “Graduation”, une de mes traditions préférées!

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Votre avis m’intéresse! Qu’en pensez-vous du système universitaire français? Et du modèle anglo-saxon? Avez-vous été satisfait de votre éducation en France, ou avez-vous songé à partir à l’étranger en Erasmus ou autre?